Le craving : ce manque comme celui des toxicos

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Ce texte m’a été soumis par JB, 19 ans. Cela fait 6 ans qu’il est dans le porno. Il est étudiant en médecine. Il y décrit très bien les tenants et aboutissants du craving, ce manque, ce besoin irrépressible de consommer ce que l’on ne veut pas.


Au cours de ces derniers mois, j’ai observé et appris de mes erreurs. J’estime avoir grandi de mes échecs, au milieu de cette tempête de doutes, de frustrations et de remords. Voici ce que je veux partager avec vous, mes observations.

Vous connaissez sûrement le mécanisme de l’addiction sexuelle, mais connaissez-vous celui des autres addictions ?

Nous avons de grosses différences par rapport aux autres addicts :

  • Notre addiction est loin de susciter autant d’intérêt et de gravité que celle de l’héroïne ou la cocaïne. Exemple : Requiem for a Dream vs Don Jon.
  • De ce fait, il y a peu de recherches à ce sujet.
  • Notre matériel de « défonce » consiste en notre corps, un écran et une connexion internet. Très accessible et légal.
  • Notre dépendance est très psychologique et elle peut être en accord avec une vie « normale » : pas de vol, de meurtre ou de prostitution. C’est donc très facile de faire l’autruche.
  • Notre cycle repose sur notre frustration, l’isolement, et aussi sur notre libido. On produit en sperme de quoi faire un enfant tous les jours jusqu’à notre mort… Donc en plus c’est physiologique.

Par contre, nous avons un point commun avec tous : le craving

Le craving

Le craving est ce qui pousse un toxicomane à se prostituer, voler, tuer pour sa drogue. C’est quelque chose de très puissant, une lame de fond dans votre esprit qui fera chavirer votre raison, vos résolutions, votre volonté…

C’est le moment où vous ne pensez qu’au porno, celui où vous activez la navigation privée, celui où vous parcourez machinalement et assidûment les images et vidéos. Pourtant dans votre tête, c’est le bordel. Vous vous dites – vous vous ordonnez même – d’arrêter immédiatement. Parfois, vous y arrivez, mais tout de suite après vous retournez sur vos sites favoris. Et trop souvent, votre esprit craque.

Une fois que les barrières ont sauté… Il ne vous restera que vos yeux pour pleurer quand vous serez redescendus.

C’est finalement ce dont il faut le plus se méfier. Le craving. Et pourtant c’est ce dont on parle le moins, pour nous autres addicts au porno. En ignorant cela, on se culpabilise, on se déteste, à tort. On ne peut pas contrôler cela. Même sans PC, magazine ou Internet, on peut toujours se branler. Et même si on nous coupe les mains, on trouverait un moyen pour soulager nos pulsions, nos moments de craving en somme.

Méfiez-vous cela peut prendre les formes les plus pernicieuses. Par exemple, j’ai pour habitude de rentrer plus tôt chez moi pour pouvoir réviser mes cours. Mais malgré mes bonnes intentions, je cède peu à peu et fatalement à mes pulsions. Et je n’ai pas bossé mes cours.

Réfléchissez bien à cela. Quand est-ce que vous craquez ? Pourquoi ? Comment ? Quelles sont les solutions ?

Les meilleures solutions seront celles qui vous sembleront impossibles à réaliser, et à raison puisque cela vous empêchera d’assouvir vos pulsions.

Et cela arrivera plus d’une fois. Alors, soyez prêts.

C’est pour ça que le témoignage de Dominique est si vrai : on ne s’en sort jamais vraiment, mais pas parce que l’on est foutus. On n’en sort pas, car se croire guéri, c’est croire que l’on ne subira plus jamais de manque. Pourtant, il vous arrive parfois de vouloir boire un verre, ou manger du chocolat parce que, justement, cela fait longtemps.

Ne pas être accroc, c’est ne jamais avoir essayé, mais c’est aussi ne pas souffrir de craving.

Pour le mot de la fin, je vous dis de ne pas abandonner.

Sachez, pour ceux qui ne font que commencer à se sevrer, que vous échouerez bien des fois. Vous raterez tant que vous n’aurez pas repris le recul nécessaire et que vous vous découragerez.

Courage.

Un commentaire

  1. MrG 27/11/2015 à 14:13 - Répondre

    Bonjour,

    Je ne crois pas que l’addiction au sexe soit compatible avec une vie normale et sans sans dangers non plus.
    Sans vouloir généraliser, à un moment donné on a besoin de “réel“ et pour certains cas ça peut être catastrophique, ne serais que par le voyeurisme. Un jour on se rend compte au travers du déni qu’on a de gros sabots et que la majorité des femmes sentent une gêne en notre présence, le regard qui traverse les vêtements ça se voit et ça se ressent.

    Je ne parle pas des viols (mais on peu l’envisager sous le biais de l’addiction), il y a un comportement général qui tire vers l’antisocial, les couples se brisent (plus qu’on peu le lire dans les témoignages), les amis non sexualisable ne sont plus intéressants, une soirée devant l’ordi c’est mieux. Les ravages de la solitude sont sous estimés, ne serais que pour la santé (des études sont en cours), la solitude c’est pas bon, on le sait.

    Qui plus est, l’addiction est un trop plein, une conséquence « du » problème. Elle s’ajoute ensuite à la liste des problèmes et elle évite des suicides très certainement…
    Le problème par exemple; des troubles, des dysfonctionnements innés amènent une vulnérabilité à l’addiction (et à la vie en général). Le syndrome d’asperger, les troubles bipolaires (bien que la bipolarité soit traité de manière moyenâgeuse en France), je dirais les dysfonctionnements de la régulation, la régulation de la pensée, des émotions.
    Une forte intelligence, une saturation des pensées, des émotions, des insomnies, un équilibre bancale qui provoque des montées de bonheur lors de phases créatives… Un potentiel étouffé, frustrant, on peux faire mieux mais c’est pas possible. Les médicaments qui te foutent dans des états pas possible…
    Je vais développer et partager lorsque mon cas sera un peu plus avancé.

    PS: Tu es étudiant en médecine? Alors reste le toute ta vie, fais des recherches et ne te contente pas de soigner mollement, trop peu de médecins sont dans cette dynamique. Ils sont d’ailleurs souvent des parias comme les pratiquant non reconnus. Il faut dépasser ces grincheux qui veulent appliquer des méthodes parce que le grand livre l’a dit sans mesurer quoi que ce soit.
    Un diagnostique psychologique devrait être plus médicalisé, ça devrait être un travail d’équipe, neurologie, psychiatrie, psychologie et oublier les freudisation poussiéreuses.
    Bon courage.

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