Le plus important, c’est la perte de contrôle.

Je m’appelle Dexter, j’ai 41 ans, et je suis dépendant, au porno, et à la masturbation… Même aujourd’hui, l’écrire me fait encore tout drôle, et c’est pourtant la vérité.

Toute ma vie, cette sale habitude de me faire du bien en tout moment m’a gâché mes journées. Depuis l’âge de 14 ans, et jusqu’à je ne sais quand si je ne me prends pas en main.

Jamais une journée sans sexe, jamais une journée sans désir, sans besoin, et impossible de me refréner… Si ça, c’est pas une addiction, je ne sais pas comment l’appeler.

Comment j’en suis arrivé là

D’éducation traditionnelle tendance catholique, j’ai découvert la sexualité plutôt normalement, via les copains, quelques revues, nous étions dans les années 80, internet n’avait pas rendu le porno accessible. Et il fallait encore quelque dose de courage pour acheter un Lui ou un New Look chez son libraire. C’est dire que je ne le faisais jamais…

Mais dès le début, j’ai senti une vraie perte de contrôle par rapport à cette pratique. Dès mes premières masturbations, j’ai senti l’envie de recommencer, et de recommencer encore. Voilà un point sur lequel je suis peut être différent de certains porno dépendants : je n’ai jamais nié mon addiction. Elle a toujours été évidente pour moi. Je pense que mon éducation chrétienne, qui me faisait considérer cette pratique comme néfaste, y fut aussi pour beaucoup. Et je dois dire que pour le coup, j’aurais dû mieux écouter ce type d’enseignement, il m’aurait évité de nombreuses années d’esclavage !

Car la dépendance est un esclavage, une servitude, une totale perte de contrôle de sa vie, et des meilleurs moments que l’existence peut vous offrir.

Dès mes premiers moments, j’ai en effet trouvé dans la masturbation le moyen d’expulser mes frustrations. Normal au départ, une jolie fille, une envie, après tout pourquoi pas… Mais que dire de celui qui, peu à peu, organise ses journées en fonction de cette habitude ?

Pourquoi je lutte

Je ne lutte pas contre la masturbation. Je ne lutte pas pour le rétablissement d’une quelconque moralité chacun, et moi le premier, vit sa vie comme il l’entend. Mais je lutte justement pour reprendre le contrôle de ma vie. Et croyez moi, c’est dur, très dur.

Aujourd’hui, voilà en effet 27 ans que je vis sans contrôler ma vie. J’ai pu fonder une famille, avoir trois beaux enfants, une femme aimante, mais pour le reste… Mon travail évolue peu, je suis rarement content de ce que je réalise, et je n’ai qu’une piètre estime de moi même.

Pourquoi ?

Parce que je suis dominé par mes hormones. Parce qu’au moindre moment de liberté, je saisis mon membre et passe des heures sur divers sites de cul où les femmes sont humiliées, où la sexualité est résumée à des cris et des gémissements qui conviennent bien à certains moments d’excitation, mais à voir cela tout le temps, cela pourrit aussi ma vraie vie.

Parce que depuis 27 ans, je ne vois plus les femmes que comme des bouts de chair. Des cuisses, des jambes, des seins… Pour le reste, le porno à outrance nuit aussi à ma vie de famille. De longues soirées passées sur mon ordi, sexe en main, que j’aurais pu passer avec ma femme… « Oulah, j’ai bien travaillé ce soir… » Tu parles ! Branlette, branlette, branlette, le sexe a toujours dominé ma vie. Des notes de téléphone rose astronomique, des factures internet (au temps du bas débit) colossales, des notes de Minitel ahurissantes quand j’étais ado… Non franchement, il n’y à pas à se réjouir à revenir sur ma vie !

Parce que lorsque je suis dans le besoin, je perds des heures à chercher le plaisir ultime, quelques secondes de plaisir, un shoot, je plane, c’est le bonheur, mais ensuite, la rechute… Parce qu’une fois l’orgasme passé revient tout le poids de la tromperie qu’est ma vie… Ces fausses soirées, ces moments seuls en journée où je ne fais RIEN, les femmes sur lesquelles j’ai fantasmé, les amies dont je montre les photos sur les sites de partage, les coups de fils à des mecs pour parler cul, etc. Et même en racontant cela, je ne touche pas le fond!

Ah oui, je n’ai pas eu un rapport sexuel normal et accompli avec ma femme depuis des années… Je ne la trompe pas non plus. Je l’aime. Mais sans me trouver, sur ce coup, de tort irrémédiable, j’ai du mal à me considérer tout à fait étranger à cette situation. Me trouver à ses côtés certains soirs au lieu de rester devant ce putain d’écran aurait peut-être pu arranger cette situation.

Non franchement, il n’y à pas à se réjouir à revenir sur ma vie…

Le déclic

Sauf que si, j’ai de quoi me réjouir. J’ai une famille, trois enfants à protéger et beaucoup de choses à construire encore. En avril 2013, j’ai perdu tout espoir. Je n’arrivais plus à rien, j’étais encore plus perdu que auparavant : j’ai perdu une amie qui avait perçu mon côté obscur… C’est donc à ce moment que je me suis décidé à vraiment réagir, avec l’énergie du désespoir, de celui qui allait tout perdre s’il ne réagissait pas.

J’ai rejoint le site dependance-sexuelle.com, j’ai ouvert un journal personnel, je me suis construit des règles de vie. Et je tente depuis lors, et tant bien que mal, de lutter et de progresser.

Parmi les efforts mis en place, j’ai tenté de redonner un peu de place à des passions qui s’effaçaient devant le porno. Quelques séries TV, quelques jeux vidéo très addictifs. Des endroits vers lesquels me tourner lorsque je manque de sexe, de quoi détourner mon attention. Mais cela ne fonctionne pas toujours. Au fait, je me suis même mis à fumer, vers 20 ans, pensant que cette dépendance là me libérerait de la première. Un échec bien sûr. Une dépendance n’en remplace jamais une autre. Elles s’accumulent.

Mon effort le plus important a été une modification de mes rythmes et hygiènes de vie… Car pour se sortir de cette dépendance, il faut renverser la table! Pas le choix. Lorsque l’on a organisé toute sa vie autour de son addiction, il ne reste plus qu’à changer de vie. J’essaie donc d’organiser mes semaines de travail différemment. j’ai modifié aussi l’organisation de mes soirées, pour ne plus être confronté à la tentation. J’essaie aussi de ne plus travailler seul, de chez moi, comme je l’ai toujours fait, travailleur indépendant que je suis.

Cela dit, je reste globalement seul dans mon combat. Ma femme ne sait rien –il me semble– de mes difficultés. Et elle ne saura jamais. Ce serait totalement inutile de lui faire partager ce calvaire. Mon entourage non plus, ne connaît que mon côté « clair ». Seuls quelques amis virtuels sont au courant, mais c’est totalement différent. Il s’agit de personnes à qui je n’ai guère de comptes à rendre, et qui sont bien souvent concernées elles aussi de près ou de loin par ce problème.


Disons le, j’ai remis en place certaines choses dans ma vie, mais mes progrès, en 14 mois de luttes, sont très fragiles. Parce qu’à mesure que je progresse, et aussi bizarre que cela puisse paraître, j’oublie pourquoi je lutte. La dépendance, lorsqu’on en sort, se rappelle a nous sous divers aspects, on ne se souvient que des meilleurs aspects de la chose, des soirées de liberté.

Le porno, c’est le plaisir, des rencontres, de belles femmes, l’excitation, se sentir vivant, libre : j’adore le porno…

Le porno, c’est l’esclavage, ne pas pouvoir organiser sa vie comme on l’entend, mentir à son entourage, pervertir sa relation aux femmes. Je hais le porno…

Crédit photo, Licence

Partage, de près ou de loin tous sont concernés !
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