Moi j’essaie aussi de me sortir de l’enfer de la pornographie. Je m’appelle Jack, j’ai 41 ans et il y a environ 18 ans que j’ai commencé à consulter du matériel érotique et, plus tard, pornographique sur PC. Tout à commencé en fait à l’âge de 14 ou 15 ans. À l’époque, la masturbation faisait partie de ma vie quotidienne. Au début, comme tout les adolescents, je faisais appel qu’à mon imagination, mais très vite, j’ai commencé à utiliser des supports visuels constitués par des photos de femmes non dénudées, mais cependant les plus sexys possible. Je suis bien tombé un jour sur une ancienne revue, le Ciné Revue, qui, à une certaine époque publiait chaque semaine la photo d’une femme nue en poster, mais en général, j’utilisais des catalogues de mode féminine ou toute photo de femme plus ou moins aguichante, trouvée dans la presse.

J’avais la chance (ou la malchance ?) d’avoir une télé dans ma chambre, ce qui me permit d’utiliser des émissions de variété montrant de belles femmes ou encore des clips vidéos dans lesquels l’interprète féminine était très attirante. J’ai bien sur fini par découvrir les diverses émissions érotiques de fin de soirée qui étaient diffusées par certaines chaînes , étrangères notamment. Malheureusement, cette époque coïncide également avec l’arrivée Canal Plus Belgique (septembre 1990) et donc mes premiers contacts avec le porno.

L’acquisition d’un PC sans accès Internet en 1996 m’a permis de consulter des images et vidéos sur CD-roms, reçus de potes qui les trouvaient dans des revues porno. En 2000, l’accès haut-débit à Internet a abattu les derniers remparts qui me protégeaient du “porno à volonté”.

Mes temps libres, je les ai passés sur les sites pornos jusqu’à 35 ans, âge où j’ai rencontré ma femme. Le pire, c’est que, trop timide et peu sûr de mois, je n’osais pas aborder une fille et donc j’éliminais mes pulsions en me masturbant sur des sites pornos. En plus, je buvais des quantités non négligeables d’alcool… J’ai donc gaspillé près de vingt années de ma vie au lieu de construire une histoire avec une femme. Ça, c’est ce qui m’est le plus difficile à supporter.

Au début de cette année, j’ai découvert quelques sites, dont celui de pornodependance.com, ce qui m’a permis de comprendre que quelque chose n’allait pas. Actuellement, je consulte encore régulièrement des sites pornos, mais beaucoup moins qu’avant, faute de temps et d’occasions d’isolement. Bien sûr, je me reconnais entièrement dans les problèmes de relations conjugales décrits sur ce site. Inconsciemment j’aimerai que mes relations sexuelles se passent comme dans les films X. Ma femme se rend compte que je n’ai pas autant de plaisir qu’elle pendant l’acte : elle pense mal faire. C’est compliqué de lui expliquer pourquoi j’ai du mal à être pleinement épanoui.

Cependant, le problème du porno n’est pas aussi clair qu’un problème avec l’alcool (que je ne consomme plus qu’à certaines occasions). Il est normal de remarquer la beauté d’une fille dans la rue ou au supermarché du coin, mais quel sentiment est normal et lequel ne l’est pas ? Quand on essaie de se débarrasser du porno, la saison estivale avec son lot de femmes habillées plus légèrement les unes que les autres, peut s’avérer être un vrai parcours du combattant, voire un supplice ! Là encore, que faire ? Détourner le regard ?

Je connais des hommes qui n’iraient pour rien au monde sur un site porno, mais qui, en revanche, ont une nouvelle copine presque chaque semaine. En outre, avec ces personnes, tout dialogue à caractère non sexuel dévie automatiquement vers un sujet ayant trait au sexe. J’ai également lu sur certains forums que certaines personnes tenaient un véritable “guide Michelin” des prostituées. Ces personnes ne consultent pas de sites pornos. Ces deux groupes de personnes en sont-ils au même point que nous, porno dépendants, ou leur situation est-elle plus normale, ou du moins, plus “saine” ? Y aurait-il une bonne et une mauvaise méthode d’aimer le sexe ? Personnellement, j’en suis un peu à ne plus savoir ce qui est normal et ce qui ne l’est pas…


 

J’ai reçu ce chouette témoignage de Jack. Ce parcours est malheureusement très classique. Les questions posées sont vraiment intéressantes. J’ai choisi d’y répondre ici.

Est-il normal de regarder les femmes dans la rue?

Oui et non. Il est normal de trouver une femme charmante, jolie et attirante. On ne peut ni se crever les yeux ni mettre les femmes sous cloche. Cependant, tout est dans l’équilibre. Zieuter sans arrêt les fesses et les seins :

  • réduit la femme à ces deux parties
  • fait partir l’imagination en flèche

Et puis franchement démarquons nous : prenons conscience du problème que c’est de mater dans la rue. Cette expérience est aussi instructive :

Au début, c’est une vraie lutte comme le souligne Jack dans son témoignage. Et puis au fur et à mesure que le temps passe et que l’on se détache de sa consommation de porno et de la masturbation à foison, c’est plus facile. Ne vous voilez pas la face, ça sera toujours un effort !

Les sex addict et les porno dépendants en sont-ils au même point, ou la situation des accros au sexe est-elle plus normale ou plus “saine”?

Ce qui compte ça n’est pas d’être normal ou anormal, c’est d’être heureux. Si tu es heureux en menant une vie inhabituelle, ça n’est pas grave. Mais on a vite fait de se mentir à soi-même pour ne pas affronter la réalité en face.

Je distinguerais 3 grandes catégories de pratiques :

  • l’addiction à la pornographie
  • l’addiction au sexe tarifé
  • l’addiction au sexe non tarifé

Il me semble que ceux qui sont addict au sexe réel, le sont aussi à la pornographie. Même s’ils ne s’en rendent pas compte. S’ils essaient de se sevrer de rapports sexuels à tout va, ils n’arriveront pas – au début – à arrêter le porno. La prostitution demande, au moins la première fois, une démarche supplémentaire. Il faut se déplacer ou la contacter. Je pense que c’est une étape qui vient après la consommation de porno.

Pour moi, le pompon c’est de draguer et tromper celle avec qui l’on couche. “Tu me plaîs, je t’aime” et juste après “je me barre”. Alors que la prostitution est en quelque sorte “honnête” car on sait à quoi s’en tenir : pas de sentiments. Quand tu es en couple et que tu trompes ta conjointe de manière tarifée ou non, ça a un côté vraiment blessant pour elle.

Dans tout ça, le vrai problème c’est la liberté. La liberté profonde, avec une vraie réflexion derrière.

Y aurait-il une bonne et une mauvaise méthode d’aimer le sexe?

Comme je le dis en répondant à la question “pourquoi arrêter le porno ?”, je pense que le sexe, pour être sain, doit a minima être empreint de complicité, si ce n’est d’amour. La pornographie est donc un moindre mal, si on devait faire une gradation de ces 3 catégories de pratiques. Ma réponse est donc : oui, le sexe sans plaisir et sans complicité est pour moi quelque chose de mauvais à éviter. Voici ce que je pense de la question. On pourra toujours trouver des exceptions, des contre-arguments, des “mais si…”. À chacun de juger.


Crédit photo CC NC ND

Partage, de près ou de loin tous sont concernés !
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on TumblrEmail this to someone